Le Lion de Belfort du sculpteur Auguste Bartholdi

Les 30 et 31 mai 2026, onze participants ont pris part au week-end thématique intitulé « La ceinture fortifiée du nord de la Franche‑Comté ».

Fort Dosner - Cour intérieure

Fort Dorsner – Vue de la cour intérieure de l’ouvrage

Au cours de notre parcours, nous avons ainsi découvert quatre sites emblématiques : le fort Dorsner à Giromagny, la citadelle de Belfort, la batterie des Roches à Pont-de-Roide-Vermondans et le fort du Mont‑Bart à Bavans, accompagnés de guides passionnés qui ont su faire revivre l’histoire de ces lieux.

Contexte géographique

La trouée de Belfort s’étire comme un vaste passage naturel, large d’une vingtaine de kilomètres, reliant les bassins du Rhin et du Rhône entre les Vosges et le Jura. Depuis toujours, ce couloir ouvert a guidé les hommes, les routes, les voies ferrées et même les canaux. Sa géographie en fait un lieu de passage presque obligé, ce qui explique pourquoi, au fil des siècles, il est devenu un enjeu stratégique majeur, à la fois sur les plans militaire et économique.

Fort Dorsner (Giromagny)

Le fort de Giromagny, également connu sous le nom de fort Dorsner, est un ouvrage construit entre 1875 et 1879. Intégré au système de défense Séré de Rivières et au rideau de la Haute Moselle, il se situe sur les communes d’Auxelles-Bas et de Giromagny.

Conçu pour héberger environ 650 hommes et doté d’une cinquantaine de pièces d’artillerie dont deux tourelles Mougin, le fort a connu plusieurs phases de modernisation. Dès 1888, les caponnières sont renforcées avec du béton et des magasins-cavernes aménagés. Lors de la Première Guerre mondiale, des abris-cavernes ainsi que des observatoires viennent compléter ces aménagements.

Pourquoi ?

Depuis le Moyen Âge, le relief particulier de la trouée a imposé la présence continue d’ouvrages défensifs. Châteaux dominants, murailles, puis citadelles et forts ont été érigés pour protéger les voies de communication et sécuriser, plus tard, le bassin industriel de Montbéliard–Sochaux. Ici, contrôler le terrain, c’est maîtriser les échanges entre le Nord et le Sud, assurer l’approvisionnement et permettre le déploiement des forces.

Au fil du temps, l’évolution de l’artillerie a contraint les systèmes défensifs à se transformer. Aux enceintes bastionnées héritées de l’époque de Vauban succèdent des réaménagements au XIXᵉ siècle, avant la mise en place d’une véritable ceinture de forts dans le cadre du système Séré de Rivières, conçue pour répondre à la menace nouvelle des obus-torpilles. Parmi ces innovations figurent les tourelles Mougin, premières tentatives pour protéger efficacement l’artillerie tout en conservant une capacité de tir mobile.

Citadelle de Belfort

La citadelle de Belfort est un ensemble fortifié stratégique ayant servi de rempart face aux invasions durant des siècles. Ce site est célèbre pour sa résistance lors de trois sièges, notamment celui de 1870-1871 pendant la guerre franco-allemande, où la ville a tenu tête aux Prussiens pendant 104 jours sans jamais se rendre.

Cette résistance acharnée a permis à la France de conserver l’actuel Territoire de Belfort, la seule partie de l’Alsace à ne pas être annexée par l’Empire allemand en 1871. Pour commémorer cet événement, le sculpteur Bartholdi a réalisé le célèbre Lion de Belfort situé au pied de la falaise de la citadelle.

Un territoire façonné par la défense

Dès 1226, la présence d’un château à Belfort témoigne de la volonté de contrôler ce passage. Implanté sur un promontoire, il s’accompagne rapidement de remparts destinés à surveiller les communications entre le Nord et le Sud. Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, Belfort et Montbéliard renforcent leurs défenses en les adaptant aux armes à feu, avec la construction d’enceintes modernisées et d’une citadelle.

À la fin du XVIIᵉ siècle, Vauban transforme profondément ces aménagements, apportant une nouvelle cohérence au système défensif. Les siècles suivants voient ces ouvrages entretenus et renforcés, notamment sur les hauteurs des Perches, de la Miotte et de la Justice, pour s’adapter à l’évolution de l’artillerie.

 

Batterie des Roches

La batterie des Roches, également connue sous les noms de fort des Roches ou fort Samson, est un ouvrage fortifié de type Séré de Rivières situé au sommet d’une colline sur la commune de Pont-de-Roide-Vermondans, dans le Doubs. Faisant partie intégrante du môle défensif du Lomont, elle a été construite pour contrôler la vallée du Doubs et la région de Montbéliard.

Sa position stratégique offre un panorama exceptionnel sur la vallée du Doubs, la région de Montbéliard et, par temps clair, jusqu’au ballon d’Alsace à 50 km.

La ceinture de forts du XIXᵉ siècle

Après la guerre de 1870–1871 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine, la trouée de Belfort devient une zone hautement sensible. La France engage alors un vaste programme de fortification sous la direction du général Séré de Rivières. Entre 1871 et 1886, une ceinture de forts détachés est construite sur les hauteurs environnantes — Salbert, Roppe, Mont‑Vaudois, Bessoncourt, Vézelois, Bermont, entre autres — afin de verrouiller le passage.

Ces ouvrages, édifiés entre 1873 et 1887, permettent de maintenir l’artillerie ennemie à distance, tout en offrant des points d’observation et de défense coordonnés. Ils constituent une véritable barrière fortifiée complétant les défenses héritées des siècles précédents. Parmi les innovations de cette époque figurent la tourelle Mougin, armée de deux canons de 155 mm, qui illustre les efforts entrepris pour répondre aux évolutions technologiques de la guerre.

 

Fort du Mont-Bart

Le fort du Mont-Bart est construit entre 1874 et 1877. C’est un ouvrage du type Séré de Rivières conçu pour héberger entre 500 et 700 hommes selon les périodes. A l’origine, son armement comptait une quarantaine de pièces d’artillerie de divers calibres.

Le Fort du Mont-Bart fait partie intégrante du môle défensif du Lomont et se situe à 483 mètres d’altitude, au sommet d’une colline appelée le mont Bart sur la commune de Bavans.

Un patrimoine à découvrir aujourd’hui

Aujourd’hui, la trouée de Belfort conserve les traces visibles de cette longue histoire militaire. Citadelle, forts et batteries constituent un ensemble remarquable, inscrit dans le paysage. Plusieurs de ces sites sont ouverts au public et valorisés grâce à des parcours de visite, des musées et l’engagement d’associations locales. Ils permettent aux visiteurs de comprendre, sur le terrain, comment ce territoire a été défendu et transformé au fil des siècles.

 

Remerciements

Nous adressons nos sincères remerciements aux associations et offices de tourisme suivants :

Association du Fort Dorsner / Association du Fort du Mont‑Bart / ASPIR (Association de Sauvegarde du Patrimoine et de l’Inventaire Rudipontain)
Belfort Tourisme / Service Animation du Patrimoine du Pays de Montbéliard

Au cours de ce week-end, nous avons eu la chance de rencontrer, au sein de chacune de ces structures, des personnes remarquables, à la fois enthousiastes et profondément engagées dans la valorisation et la transmission du patrimoine. Leur passion, perceptible à chaque instant, a donné une dimension particulière à ces visites.

Au-delà des lieux, ce sont avant tout ces rencontres qui ont marqué notre parcours et renforcé le lien qui nous unit autour de ce patrimoine commun, si précieux et si vivant.

 

Photos : Trésorier ASMEM / Sources : Wikipédia