Italie, Piémont – Forte di Fenestrelle
Notre voyage d’étude s’est déroulé, du 19 septembre au 22 septembre 2025, sur le thème « France – Hautes-Alpes et Alpes-de-Haute-Provence – Les défenses des vallées de l’Arc et de la Durance » et nous avons logé, à Briançon, dans un hôtel au nom prédestiné : Vauban.
Le 19 septembre 2025, les dix-huit participants franchissent la frontière franco-suisse au Châtelard et gagnent, par la vallée de la Maurienne, les départements français des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence. Leur parcours les conduit à la découverte des fortifications des vallées de l’Arc, entre Modane et Aussois, ainsi que de celles de la Durance, entre Briançon et Mont-Dauphin. Trois sites majeurs structurent le programme : la barrière de l’Esseillon, Mont-Dauphin et Briançon, ainsi que le Forte di Fenestrelle.
Aussois – La Barrière de l’Esseillon

Les forts de la Barrière de l’Esseillon constituent un ensemble de cinq édifices militaires érigés au XIXème siècle par le Royaume de Sardaigne, dans le but d’assurer la défense du col du Mont-Cenis et de la Haute-Maurienne contre d’éventuelles invasions françaises.

Ces fortifications, situées sur une crête rocheuse entre Aussois et Avrieux, portent les noms de membres de la famille royale de l’époque Victor-Emmanuel, Marie-Thérèse, Charles-Félix, Marie-Christine et Charles-Albert.

Ils furent érigés entre 1815 et 1830 sur ordre du roi Charles-Félix afin de renforcer la défense de la frontière alpine face à la France. Conçus d’après le modèle Montalembert, caractérisé par ses fortifications perpendiculaires – à la différence du modèle Vauban –, les forts de l’Esseillon témoignent de l’importance stratégique de la Savoie dans les Alpes.

Ce patrimoine architectural et historique permet de mieux comprendre la stratégie militaire du XIXᵉ siècle ainsi que l’histoire savoyarde.
La place forte de Mont-Dauphin

Mont-Dauphin est une place forte imaginée par Vauban à la fin du XVIIᵉ siècle. En 1692, après un raid du duc de Savoie ayant ravagé plusieurs villes françaises, Louis XIV choisit de consolider la défense de la frontière alpine. Vauban retient alors le plateau des Mille Vents, un promontoire rocheux au positionnement stratégique, pour y construire une fortification capable de contrôler efficacement les vallées alentour.

Les travaux débutent en 1693 et la forteresse prend le nom de Mont-Dauphin, en hommage au fils du roi. L’ensemble comprend des fortifications, une poudrière, des casernes ainsi qu’un village destiné à accueillir une population civile, afin d’assurer une présence militaire durable.

Toutefois, la signature du traité d’Utrecht en 1713 repousse la frontière, diminuant ainsi l’importance stratégique de ce site. Bien que Mont-Dauphin n’ait jamais subi de siège, la place forte a été modifiée jusqu’au XIXe siècle afin d’adapter ses défenses aux avancées de l’artillerie.

Classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO, elle demeure un exemple remarquable de l’architecture militaire de Vauban.
Cervières – Petit ouvrage d’infanterie de type Maginot

L’ouvrage des Aittes, intégré à la ligne Maginot, se situe sur la commune de Cervières. Construit entre 1932 et 1937 à 1 880 mètres d’altitude, il occupe un versant rocheux dominant la vallée. Cette petite fortification d’infanterie a été spécialement conçue pour protéger la vallée de la Cerveyrette contre toute incursion. Par son emplacement stratégique et sa vocation défensive, elle illustre pleinement la volonté de sécuriser les points sensibles de cette zone montagneuse durant l’entre-deux-guerres.

L’ouvrage des Aittes occupait une position clé au sein du dispositif défensif du secteur fortifié du Dauphiné, en complément des ouvrages du Gondran et du Janus. Il profitait de la couverture fournie par l’artillerie du Janus, renforcée par plusieurs batteries de soutien, assurant ainsi une protection accrue de la vallée de la Cerveyrette.

L’infrastructure comprenait quatre blocs, dont l’un faisait office d’entrée sous forme de casemate, garantissant à la fois l’accès et la défense de l’ouvrage. Côté armement, elle était essentiellement équipée de mitrailleuses et de fusils‑mitrailleurs, assurant une couverture efficace des points d’accès stratégiques alentour.

L’effectif était constitué de 92 hommes et de 2 officiers, soulignant l’importance de la présence humaine pour la défense du site.
Piémont – Forte di Fenestrelle

La forteresse de Fenestrelle fut construite entre 1728 et 1850 par les rois de Sardaigne, dans la vallée piémontaise du même nom, acquise en 1713 par Victor‑Amédée II. Elle constitue la plus vaste forteresse d’Europe, s’étendant sur 1 300 000 m². Édifiée entre 1 135 et 1 785 mètres d’altitude, elle barre la vallée sur trois kilomètres, le long de la route reliant le col de Montgenèvre à Pignerol et à Turin. Souvent appelée à tort « fort de Fenestrelle », elle forme en réalité un immense complexe regroupant trois forts et sept redoutes, reliés entre eux par deux voies de communication.

Fenestrelle passe de la France à la Savoie à la suite du traité d’Utrecht de 1713. À cette période, la vallée ne compte qu’une seule fortification : le fort Mutin, construit au XVIIᵉ siècle et déjà jugé obsolète par Vauban en 1701. Afin de protéger ce territoire nouvellement acquis, Victor‑Amédée II charge son ingénieur militaire et architecte Bertola d’édifier un nouvel ouvrage : le fort des Vallées, implanté à 1 800 mètres d’altitude.

Au cours des cent vingt années suivantes, trois autres forts viennent compléter l’ensemble : le fort Charles-Albert, placé au point le plus bas, le fort San Carlo, et le fort des Trois Dents. Les travaux s’achèvent en 1850 avec la destruction du fort Mutin. L’ensemble des fortifications est relié par trois kilomètres de murailles et un long couloir abritant un escalier de 4 000 marches.

Conçue avant tout comme un dispositif dissuasif, elle n’a jamais eu à subir de véritable siège. Au début des années 1800, elle est toutefois utilisée comme prison politique. Dans les années 1920, la forteresse est transformée en dépôt d’artillerie. En 1943, le fort Charles-Albert est détruit par les partisans. Abandonné par la suite, l’ensemble voit se détériorer le palais du gouverneur, le palais des officiers, l’église et la prison.

Aujourd’hui, la forteresse fait l’objet d’une restauration progressive, portée par la mobilisation des habitants et soutenue par diverses institutions publiques et privées. En 1997, le site s’ouvre au public et bénéficie d’un éclairage spectaculaire.
Briançon – Communication Y

La communication Y, initialement nommée « communication des Têtes au Randouillet » lors de sa construction, constitue une fortification de type double caponnière située au sud-est de la ville de Briançon.

Cet ouvrage se présente principalement comme un long édifice de plan rectangulaire, orienté du nord au sud. Il sert de passage couvert entre le fort des Trois Têtes, situé au nord, et le fort du Randouillet au sud, tout en assurant le contrôle du vallon de Fontchristiane.

Le bâtiment s’étend sur 150 mètres de longueur pour neuf mètres de largeur. Il est construit en maçonnerie voûtée, avec des murs épais de deux mètres côté est et de 2,25 mètres côté ouest. Le passage intérieur, large de 4,5 mètres, possède un sol en terre battue et est éclairé par vingt‑six fenêtres, toutes ouvertes sur la façade ouest. Les deux extrémités de l’édifice sont protégées par une enveloppe bastionnée, chacune flanquée d’un fossé, garantissant une défense efficace aussi bien à l’est qu’à l’ouest.

Remerciements
Au cours de ce voyage, nous avons rencontré, dans chacune des associations visitées, des personnes remarquables, enthousiastes et profondément engagées dans la mise en valeur, le partage et la transmission du patrimoine historique et culturel. Leur passion et leur détermination à le préserver pour les générations futures étaient palpables. Ensemble, nous avons pu célébrer et partager l’intérêt qui nous rassemble autour d’un sujet qui nous tient à cœur.
Nous avons pu bénéficier pour l’organisation et la conduite des visites de l’aide des associations suivantes :
France : Fondation pour l’Action Culturelle Internationale en Montagne (FACIM), Centre des Monuments Nationaux – Mont-Dauphin, Association Les Aittes, Service du Patrimoine de Briançon
Italie : Associazione Progetto San Carlo Onlus – Forte di Fenestrelle
Photos : Trésorier ASMEM / Sources : Wikipédia